La destruction de l’ordre capitaliste patriarcal signifie l’émancipation de la classe ouvrière et
des femmes. Faire rendre des comptes pour les femmes et les enfants travailleurs assassinés —
pour Rojin, Gülistan, Ayşenur, İkbal, Yeşim et toutes les femmes assassinées dont nous ne
pouvons même pas citer les noms — signifie qu’il est temps de mener une lutte inlassable pour
renverser l’ordre capitaliste dominé par les hommes, meurtrier des femmes et des enfants !
À Dilovası, le 8 novembre, dans l’entreprise de parfumerie Ravive Kozmetik, 6 ouvrières, dont 3
mineures, ont été massacrées. Comme dans tous les homicides industriels, cette tuerie est survenue
en raison du manque de mesures de sécurité. Chez Ravive Kozmetik : aucun escalier d’évacuation
en cas d’incendie, aucun extincteur, aucune mesure d’hygiène ou de sécurité au travail, aucun
équipement de protection, aucune assurance, aucun contrôle. Dans des conditions de travail
informelles, précaires, un nouveau massacre de travailleur-euses s’est produit sous nos yeux.
Comme dans tant d’autres cas, l’État a tenté de présenter cette tuerie comme un incident isolé. En
suspendant 12 responsables — 7 dans des institutions publiques et 5 dans la municipalité — il a
cherché à désamorcer la réaction sociale.
Or cette tuerie n’est pas un incident isolé : c’est le résultat de la soif de profit du capital, de
l’exploitation féroce du travail des femmes et des enfants. Comme l’ont prouvé tant d’autres
homicides industriels et massacres, il ne s’agit pas d’une situation exceptionnelle. C’est l’un des
derniers maillons de la chaîne désormais banalisée des homicides ouvrier-ès. Depuis des décennies,
le capitalisme collaborateur turc s’appuie sur un modèle néolibéral sauvage pour accumuler du
capital par l’exploitation de la main-d’oeuvre bon marché. Ce pillage de la force de travail s’étend à
tous les secteurs. Dans l’agriculture comme dans différents domaines de l’industrie, les capitalistes
turcs collaborateurs rivalisent pour exploiter comme main-d’oeuvre bon marché le travail des
femmes et des enfants. L’exploitation la plus brutale se manifeste dans les secteurs informels et les
systèmes de sous-traitance. Les zones industrielles organisées (ZIO) sont devenues de véritables
camps de travail du néolibéralisme sauvage.
Dilovası est une zone industrielle, l’un des lieux où les travailleur-euses vivent en grand nombre.
C’est aussi une région où tous les quartiers ont été prolétarisés pour le capital. Notre peuple
précaire, enfants comme personnes âgées, y travaille sans sécurité et sans être déclaré. Ce massacre
révèle une fois de plus cette réalité. Ravive Kozmetik avait déjà été signalée à plusieurs reprises ;
des travailleuses et des enfants avaient quitté leur emploi à cause de ces plaintes. Ce processus
connu et visible, mais accepté dans le silence et l’impuissance, s’est conclu par un massacre. Il est
clair que l’ordre patriarcal capitaliste privilégie l’emploi des femmes et des enfants parce qu’il peut
les exploiter plus facilement, de manière flexible et sans garanties. Durant les dix premiers mois de
cette année, au moins 74 enfants travailleurs-euses ont été tué-es au travail.
Le gouvernement AKP-MHP avait déjà annoncé comment il comptait exploiter de manière sans
règle et sans sécurité le travail des femmes et des enfants : par le programme à moyen terme mis en
oeuvre sous le nom de « programme Mehmet Şimşek », par l’accord signé avec le MÜSİAD
(L’Association des industriels et personnes d’affaires indépendants, équivalent du MEDEF dans
l’industrie, elle réunit la bourgeoisie proche d’Erdogan notamment) dans le cadre des “10 ans de la
famille”, par les accords du ministère de la Famille et des Services sociaux avec 38 entreprises
internationales. Le ministère de l’Éducation nationale mène depuis longtemps un travail commun
avec le ministère du Travail pour généraliser les MESEM (Centre d’apprentissage). Ils poursuivent
ce plan sans hésiter à faire travailler des enfants très jeunes dans les secteurs les plus pénibles, à leur
retirer leur droit à la vie, à usurper leur force de travail.
Il faut également souligner que ces développements ressemblent à ce qui se passe à l’échelle
mondiale. Le système capitaliste patriarcal est en crise ; toutes les contradictions du capitalisme se
sont approfondies et, en conséquence, la contradiction de genre s’est intensifiée. Cette crise de la
domination masculine est en réalité celle de la famille bourgeoise. Naturellement, la domination
masculine, dans chaque pays, cherche à développer des politiques pour surmonter cette crise :
patriarcat et capital cherchent de nouvelles voies pour exploiter le travail des femmes et des enfants.
Les conséquences seront lourdes : cela est évident. Le massacre de Dilovası en est l’illustration
cristallisée.
La détermination du patriarcat et du capital à exploiter férocement le travail des femmes et des
enfants intensifie la contradiction sexuelle. Cela montre que l’agressivité masculine à l’égard des
femmes augmentera, tant au niveau des États qu’au niveau des individus. Nous avons des données
concrètes. L’augmentation des attaques contre les droits conquis par les femmes sous le
gouvernement AKP-MHP et la hausse continue des féminicides le démontrent.
L’augmentation des féminicides est flagrante et brûlante. Nous faisons face à un véritable bilan de
guerre, à un génocide de genre. Rien que durant les dix premiers mois de 2025, 235 femmes ont été
tuées, et la mort de 245 femmes a été enregistrée comme “suspecte”. Ces chiffres montrent que le
gouvernement AKP-MHP, avec ses politiques misogynes, crée toutes les conditions favorables à ce
génocide de genre. Il récompense les hommes auteurs de féminicides par des politiques d’impunité.
Un système qui protège les assassins de femmes, les disculpe et refuse de les juger réellement
encourage et renforce les hommes auteurs de violences. Le mode de vie, les choix, les identités des
femmes deviennent des prétextes pour les tuer ou pour inscrire leur mort comme “suspecte”. Les
féminicides sont banalisés et normalisés.
Le fait que les morts suspectes de femmes dépassent les féminicides avérés n’a rien d’étonnant. De
même que l’État et la justice masculine disculpent les assassins de femmes sous prétexte de cravate,
de prétendue provocation, etc., la mort suspecte de femmes est utilisée pour dissimuler les violences
masculines. Les enquêtes servent à cacher la vérité. La justice masculine empêche d’identifier les
coupables. La lutte pour éclaircir ces morts suspectes mobilise les femmes qui accumulent de la
colère contre l’État et la justice masculins. La lutte pour la justice menée pour Rojin Kabaiş en est
un exemple. Mille femmes, provenant de 56 villes et de 10 pays, se sont mobilisées pour Rojin.
Dans de nombreuses places et universités, le slogan “Qu’est-il arrivé à Rojin ?” résonne. Le
développement de cette lutte sera une étape importante pour l’éclaircissement des morts suspectes
de femmes. La ligne ouverte par les femmes socialistes sur cette question représente une pratique et
une dynamique essentielles dans la lutte contre les violences faites aux femmes.
À l’approche du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des
femmes, c’est pour cette raison que nous, femmes socialistes, lançons un appel à nous mobiliser
contre les féminicides. Nous savons qu’au-delà des assassinats, il y a l’État patriarcal et la justice
masculine, et nous voulons construire une ligne de démarcation sur cette base. Nous devons
développer cette démarcation à travers une mobilisation générale. Il faut élever la lutte pour la
justice afin que les responsables de la mort des 6 travailleuses, dont 3 mineures, à Dilovası soient
jugés, que les auteurs de violences et de féminicides soient jugés, et qu’un rempart soit dressé
contre les politiques d’impunité. Les femmes socialistes ont toujours été en première ligne de ce
rempart. Mais il est nécessaire d’augmenter le nombre de femmes qui prendront place dans ce
rempart contre la domination masculine, contre le système capitaliste et contre sa justice, et
d’organiser ces femmes dans les rangs socialistes : c’est l’urgence du moment. Cela concerne non
seulement les femmes socialistes, mais aussi les hommes socialistes.
Pour le mouvement ouvrier et de gauche, nous devons mener la même discussion. Ne pas rester
silencieux face au massacre de femmes et d’enfants travailleurs-euses, face au génocide de genre,
défendre la vie et le travail des femmes contre le régime patriarcal, est la responsabilité de toutes
celles et ceux qui défendent la liberté et l’égalité des femmes.
La destruction de l’ordre capitaliste patriarcal signifie l’émancipation de la classe ouvrière et des
femmes. Il est temps de mener une lutte inlassable pour faire rendre des comptes pour les femmes et
enfants travailleurs assassinés — pour Rojin, Gülistan, Ayşenur, İkbal, Yeşim et toutes les femmes
assassinées — et pour renverser l’ordre capitaliste patriarcal, meurtrier des femmes et des enfants !
Éditorial publié dans le 244e numéro du journal ATILIM, daté du 14 novembre.












